Si huevon, un pirigüín!

08 août 2006

Chap 1 : Il était une fois...

oiseau_40Non! Non, c’est trop difficile, c’est trop difficile de prendre son envol. Ca fait mal au ventre, ça fait mal au cœur, j’ai envie de vomir – et ce n’est pas la faute de la bouffe de Air Canada, même si elle n’est pas fameuse – j'ai envie de vomir tout ce qu’il y a l’intérieur de moi, tout ce qui fait que je me sens si mal. Je n’ai pas du prendre assez de leçons de vol car je ne me sens pas capable de changer de cap toute seule. oiseau_40

Je croyais avoir pleuré toutes les larmes de mon corps avant de prendre mon premier avion pour Toronto mais visiblement j’ai encore des réserves! Après 8h45 de vol, passées à chasser mes idées noires, mes sentiments et mes remords, ils font un retour en force à ce moment, sur un autre continent. J’aurais préféré qu’ils restent las bas, de l’autre coté de l’Atlantique mais ils se sont glissés dans mes bagages, préférant me suivre. Encore plus loin, ils sont encore plus forts. Je pense même à rentrer, abandonner, et retrouver tout ce – et tous ceux – qui font que j’aime ma vie. Parce que j’aime ma vie. Je la trouve belle, aussi petite et insignifiante soit elle. Je ne sais plus pourquoi je suis partie, j’ai beau chercher, je ne retrouve plus mon enthousiasme, ma motivation et ma détermination…

En ce moment ma vie est pleine de coïncidences, qui me font un peu peur mais qui me rassurent et me donnent l’impression d’être protégée. C’est comme si quelque chose guidait mon vol, comme une boite noire, ou plutôt comme un marionnettiste qui me tiendrait grâce à un fil invisible et m’empêcherait de tomber et de buter contre un obstacle. Par exemple, il y a quelques mois, un ami m’offrait deux bracelets porte bonheur, directement récupérés à la sortie des églises brésiliennes. Je fis d’abord le vœu de l’amour, celui bien connu de tous et peu original, d’aimer et d’être aimer. C’est lorsqu’il s’est cassé il y a peu, que j’ai vraiment réalisé qu’il s’était exaucé…Aujourd’hui, jour de mon départ, mon deuxième bracelet, celui d’une bonne santé pour tous, s’est dénoué. Mon corps n’a eu d’autre choix que de se plier à ce vœu, rompant notamment avec mes inquiétudes de grossesse. Je pense aussi à tous mes proches, surtout les plus oiseau_40âgés, en espérant que ce vœu soit aussi efficace pour eux.

Au moment ou j'écris ces lignes, ce sont les détails qui ont le plus d’impact. Toute cette agitation canadienne, ces gens souriant ou pressés, qui parlent anglais, les retrouvailles de certains à l’arrivée, le fait que mon ****** de portable ne capte pas ce ****** de réseau canadien, que mon avion soit retardé d’1h30 en plus, qu’ici il y ait du soleil et 25 degrés alors qu’à Paris il est minuit et demi, que les chariots à bagages coûtent 2 $, qu’il y ait autant de gens autour de moi et que je me sente si seule…Ecrire finalement ça me fait du bien, je ne pleure plus, je relativise, je pense au moment de la relecture en espérant trouver ces lignes ridicules et qu’elles me fassent sourire à nouveau.

"May I have your attention please. Do not leave your vehicule unattended or unattended vehicules will be caught immeditely!". Ca doit faire 15 minutes que je suis la et au moins 30 avertissements de ne pas laisser son véhicule sans surveillance, assise dehors devant le terminal 1, et je me demande bien ce que je vais pouvoir faire pendant 6h, à part me lamenter sur mon sort et regarder les gens arriver et repartir. Après 3 ou 4 cigarettes et 2 ou 3 grilles de Sudoku, je me décide à rentrer à l’intérieur pour demander si il y une zone Internet, ce qui me permettrait de donner des nouvelles vu que mon ***** de portable ne marche pas  et une zone fumeur pour passer le temps!

Oui, je parle anglais. "Excuse me Miss ! Do you know where I can find a web zone and a smoking zone over there ?" Bon ben pas de smoking zone inside et la connexion Internet coûte 9$...Mais j’ai de "nice earings"…Tout n’est pas perdu !

Posté par miniboo à 00:00 - Commentaires [1] - Permalien [#]


09 août 2006

Chap 2 : Il était une fois...(suite & fin)

             oiseau_50 Toujours aussi seule et livrée à moi-même dans cet aéroport, j’opte pour un siège situé assez près de la sortie mais plus au chaud. Je comprend rapidement que l’ensemble de fauteuils dont fait partie celui que j’occupe, est réservé aux vieilles personnes et aux handicapés. Ils attendent patiemment avec leurs proches, que le personnel de l’aéroport vienne les chercher pour les escorter en fauteuil roulant jusqu’à leur porte d’embarquement. Je connais plus réjouissant comme spectacle mais tant pis, je n’ai pas la force de me lever.

               Quelques grilles de Sudoku et un bouquin bizarre d’Amelie Nothomb plus tard, le sommeil me gagne de plus en plus. Je n’ai pas la notion du temps, mais il me semble bien que je peux sombrer tranquillement quelques heures sans risquer de rater mon avion. A partir de ce moment, tout se bouscule dans ma tête et tout s’embrouille. Je sombre dans un brouillard qui s’épaissit, luttant contre le sommeil et contre des frissons de fatigue. Je ne sais plus ou je suis, ce que je fais la, j’ai mal partout, je ne réfléchi plus correctement, je fais juste en sorte de ne pas rater mon avion.

Cet état léthargique ne me quitta pas avant plusieurs heures, au moment ou je me suis réveillée dans l’avion, assise à la place 36E. Ca ne veut pas dire grand-chose comme ça, mais il faut savoir que la place E est celle située au milieu du milieu, c’est-à-dire encadré par deux sièges inconnus, celle qui rend n’importe qui claustrophobe. Ca y est, j’ai encore envie de vomir quand à mon réveil je constate que je viens de rater la distribution du repas. Ce n’est pas grave je n’ai pas faim mais j’ai la gorge sèche et recouverte d’une fine couche de tabac. Je dors, j’ai peur, j’espère que l’accueil que l’on me réserve à Santiago sera amical et agréable. Je suis impatiente d’arriver, je me sens déjà presque chez moi, je n’ai plus peur d’arriver, j’ai hâte de parler espagnol peu importe à qui et pour dire quoi.

En sortant je suis sollicitée par des chauffeurs de taxi, de bus ou je ne sais quoi, qui se préoccupent de savoir si je suis seule, si je veux un moyen de transport ou si quelqu'un m’attend. Ca y est j’ai parlé espagnol et j’ai sourit. Ils m’ont aidé à trouver Mickael, venu me chercher. Pour ne pas que le choc soit trop rapide et trop brutal, nous prenons un café à l’intérieur de l’aéroport. En sortant du bâtiment, c’est saisissant. D’abord le froid, sec et vif et ensuite les montagnes, blanches, immenses et légères. Je découvre les abords de Santiago pour la première fois, dans la voiture, les yeux grands ouverts écoutant attentivement les commentaires de Mickael et posant à mon tour toutes sortes de questions.

               Après avoir déposé mes affaires à mon hôtel, nous sommes passés chercher Deneb et Denael, la femme et le fils de Mickael, pour aller déjeuner. Je suis plus détendue, le déjeuner est agréable et la "escalopa simple con una porcion de papas salteadas" * m’ont fait du bien. C’était l’escalope de bienvenue ! Je décide de retourner toute seule à ma chambre pour ma première expérience d’orientation. Ce fut facile, la ville est organisée en "cuadras" *, sur le modèle des nouvelles villes coloniales hispaniques ou sur le modèle des blocks new-yorkais.

Sur le chemin beaucoup de "botillerias" *, petites épiceries qui vendent un peu de tout, beaucoup d’enfants en uniforme qui sortent des écoles, beaucoup de stations essence, de voitures, de petites maisons basses et toujours la Cordillères des Andes devant moi.

Posté par miniboo à 01:00 - Commentaires [0] - Permalien [#]

10 août 2006


Lorsque l’on prend son envol, on passe toujours par des zones de turbulences. Celle-ci est plutôt animaux_84conséquente. Beaucoup de choses vues et entendues, beaucoup de conversations et de visages se bousculent dans ma tête. Tellement, que je n’arrive pas à raccrocher tous les wagons au petit train. J’espère y arriver au fur et à mesure, mais en attendant, je consignerais chaque petit wagon de façon indépendante. J’ai bien peur tout de même de ne jamais y arriver, car c’est à la fois très simple et très compliqué, c’est le petit train de la vie, ou plutôt de la survie…

Posté par miniboo à 02:00 - Commentaires [0] - Permalien [#]

12 août 2006

Chap 3 : Francesita buscando un arriendo de pieza

                                                                           rastrologo                     
             1.            CALLE SAN ISIDRO, 928 – 35 000 $ - Despues de las 2 – 7 cuadras del centro

      Rendez-vous pris pour cet après-midi après 14h, je décide donc de commencer ma journée par cette première visite. Après un rapide coup d’œil sur le plan de la ville (bon, ok, 10 bonnes minutes), je sors de l’hôtel et rejoins rapidement la Alameda. Pas de métro pour moi pour le moment, si je fais tout à pied, un jour j’y arriverai ! Je longe donc la Alameda et repère facilement cette perpendiculaire, la calle San Isidro. Le panneau indiquait que je me trouvais au very début de la rue [<<99-01 SAN ISIDRO] et mon petit papier indiquait que je devais me rendre au numéro 928 ! Alors, sans avoir vu l’ombre de la chambre que je m’apprêtais à visiter, je sentais déjà que je ne m’y installerais pas. Mais bon, j’y vais quand même, ça me permettra de découvrir une nouvelle pièce du puzzle et pis ça se fait pas quand même, je me suis engagée ! Alors je m’engouffre dans cette rue, qui devient de plus en plus bizarre et semble se refermer sur moi ; les maisons sont de plus en plus basses et décolorées, la rue de plus en plus sale, les commerces se font de plus en plus rares et les passants aussi. Je rentre dans un "centro de llamadas" * et me fais arnaquer en beauté ! Le gars me refile une recharge Movistar alors que je lui demandais une carte pour appeler à l’étranger et qu’il m’a très bien comprise en plus, je l’ai senti ! Mais bon, c’est pas grave, je m’en servirai plus tard de cette carte et puis il a vraiment pas l’air aimable. Je m’achète ensuite un paquet de chips (Lays, saveur de la Méditerranée…) dans une "botilleria". A quelques dizaines de mètres devant moi, il me semble voir beaucoup de monde, une certaine agitation grisâtre, sortie de nulle part dans cette rue P8120017parallèle. Et oh surprise, arrivée à hauteur de l’agitation, je me retrouve dans la rue des garagistes et autres revendeurs de pièces détachées en tout genre ! Beaucoup de bruit, de fumée, de mecs qui hurlent, qui travaillent et qui ont même investit le milieu de la rue. Ah oui, une chose surprenante ; ici, les opticiens sont à coté des opticiens, les bureaux de change à coté des bureaux de change, les magasins de chaussures à coté des magasins de chaussures, les garagistes à coté des garagistes, les… enfin vous avez compris ! Forcément je ne passe pas inaperçue malgré mes efforts pour être la plus rapide et la plus discrète possible. Je file droit vers le fond de la rue pour me faire oublier mais j’oublie à mon tour de faire attention aux numéros ! Et merde, je suis allée trop loin, il faut que je retourne sur mes pas ! Avec un léger a priori, je sonne au numéro 928. Un monsieur avec un bide énorme, un pull gris troué, un pantalon trop court, une clope sans filtre à la main, et des ongles noirs vient m’ouvrir, me souhaite la bienvenue et sans me laisser en placer une, me confie à un jeune homme qui me guida à travers la maison pour me faire visiter la chambre. Je le suis attentivement, en faisant très attention de ne pas marcher sur quelque chose, et de ne pas me cogner. J’hallucine, je me croyais dans les petites rues des médinas marocaines, un peu sales, un filet d’eau courrant sur le sol - ou plutôt sur les pavés - , des fringues qui n’avaient même pas l’air propre, suspendues partout, une luminosité quasi inexistante, et un bordel sans nom ! Le jeune ouvre alors la porte de la chambre, pénètre à l’intérieur et me dis "Aqui esta…" *, avec une pointe de honte et un air désabusé. Il avait dû sentir en me voyant que je ne serais pas à l’aise ici, et me montrait la chambre avec la même gêne qui m’avait gagnée en passant le pas de la porte. Il resta au milieu de la chambre, simple, pauvre, sale, délabrée et sombre, sans rien dire. Je ne disais rien non plus, contenant à la fois mon envie de rire et mon envie de pleurer. Je tentais de couper court à la visite, argumentant que j’allais travailler dans le centre de la ville et que donc j’aimerais m’installer un peu plus près du centre, mais le bruit de la rue couvrait mes paroles et de toute façon, il ne me regardait pas. Il ne bougeait pas, ne me regardais pas, et je ne savais que faire. Je réussi à intercepter son reP8120019gard et fis un pas hors de la chambre pour lui faire comprendre que c’était bon, j’avais bien vu la chambre. Il me raccompagna alors à l’entrée, et le gros monsieur m’expliquait avec sa voix cassée que c’était un quartier merveilleux, sans histoires et très bien desservi par les bus ("la micro") et les taxis. Je pris congé en le remerciant, lui expliquant que je devais voir d’autres chambres et que je le rappellerais. Je sortis de la maison, poussai un long soupir et je quittais alors ce tronçon de rue avec un immense soulagement, prise d’un fou rire et le cœur léger. Je remarquais alors que la rue avait quelque chose d’attachant, un certain cachet et la pris en photo, au cas ou je n’aurais pas l’occasion d’y remettre les pieds. Voila, ça… c’est fait ! J’embraye alors sur une nouvelle adresse…


2.     PASAJE REPUBLICA, 9 – 80 000 $ - paseo peatonal – metro Republica – por la tarde

      Le "barrio de la Republica" *, beaucoup de gens m’en ont parlé. Quartier universitaire, ambiance étudiante, sans histoires, métro et Alameda à proximité. J’arrive sans encombres dans la avenida de la Républica et tourne rapidement à gauche dans le petit passage piéton. Adorable petit passage piéton. Un petit bar, une école, des couleurs et des pochoirs recouvrant les murs. Je me promet de les photographier en sortant de ce rendez vous. Je P8200002sonne et une jeune fille souriante m’invite à rentrer dans la maison. C’est une très belle maison presque toute en bois, très rustique, très chalet de montagne. Et pour cause, Vicente, "el dueño de la casa"*  se présente et m’explique dès la deuxième phrase, qu’ils sont une famille de skieurs ! Je n’ai pas tout saisi précisément mais il a été champion de ski de je ne sais pas quoi plusieurs fois, et il est allé skier en France à plusieurs reprises ! Assis dans la salle de la télévision, Vicente, la jeune fille (je crois sa fille ou peut-être sa femme finalement…) et moi discutions tranquillement de tout et de n’importe quoi. Vicente s’interrompait toutes les deux minutes pour me proposer du thé et au bout du compte j’aurais peut-être dû accepter, je ne connais pas vraiment les trucs polis ou pas polis en France, alors au Chili...La chambre est au premier étage, très jolie, assez grande, très cosy avec des meubles en bois, et propre mais avec un papier peint qui fait mal aux yeux. J’en suis presque tombée amoureuse. Peut-être est-ce dû au contraste avec la chambre style souk marocain crade! Il y a toutes les commodités nécessaires et même d’autres plus superflues telles que l’Internet ! Moi je dis Banco ! Et Vicente lui, dit qu’il a "una muy buena onda"* ! Nous parlons encore un peu, je n’ose pas regarder ma montre (de toute façon je n’en ai pas) mais je crains de me mettre en retard pour ma prochaine étape, et il m’accorde ma journée pour prendre ma décision, je l’appellerai demain matin.

En sortant, je ne peux pas m’empêcher de prendre les pochoirs en photo, je jette un coup d’œil sur le plan et me dirige vers mon rendez-vous de 17h…


       3.     CALLE MONEDA 2155 - Depto 808 - Barrio Brasil – 17h – demander Silvia au concierge "y nada mas"* !

         La Alameda c’est vraiment génial ! Enfin, c’est juste une grande rue qui traverse la ville, super large, qu’on met 10 minutes à traverser à moins de couper par le métro, mais c’est un point de repère génial !Je n’aurais à peine que 5 minutes de retard. Le quartier a encore changé, bien qu’il soit proche de la Républica. L’immeuble est récent, haut, carré et moche. Il n’y a qu’un seul petit bouton devant la porte, et à l’intérieur ce n’est pas un concierge, c’est une secrétaire. Il me demande ce que je viens faire la et je réponds, conformément aux conseils de mon rendez-vous, que je viens voir Silvia del departamento 808 et rien de plus. D’ailleurs ça doit cacher quelque chose, elle ne doit pas avoir le droit de louer une chambre de sa maison…La porte s’ouvre alors et le concierge tente de joindre Silvia sur un interphone bizarre. Pas de réponse…et moi j’attends, ne sachant que dire, priant le concierge qu’il réessaie au cas ou elle n’entendrait pas la sonnette. Elle répond enfin et le concierge m’autorise alors à passer. Je m’avance vers les deux ascenseurs, monte dans le premier qui arrive et cherche tranquillement le 8ème étage, qui ne figure parmis les choix offerts. Je monte alors au 9ème étage, je descendrais par les escaliers jusqu’au 8ème. Mais il faut croire que l’immeuble en avait décidé autrement puisque la cage d’escalier était verrouillée. Celle du 7ème étage également. Je décide donc de redescendre, je me retrouverais nez à nez avec le concierge et lui expliquerais que l’ascenseur ne veut pas m’amener au 8ème étage. Ce n’en fut pas la peine, car je remarquais que la raison de P8120048l’existence de deux ascenseurs était que le premier conduisait aux étages pairs et le deuxième aux étages impairs ! Et forcement, problème d’observation et poisse obligent j’ai pris le mauvais. L’ascenseur ouvre enfin ses portes au 8ème étage et je sursaute en voyant Silvia qui m’attendait juste devant. C’est un petit bout de vieille bonne femme, à qui je prends une tête ;-) , qui nage dans un grand gilet et qui a le bras cassé. Elle m’introduis dans son appartement, imprégné d’une odeur de vieux, en déménagement, et me prend à témoin en me montrant que les déménageurs avaient bousillé tous ses meubles en bois ! La chambre est plus que riquiqui (suis même pas sure qu’un lit tienne ni en largeur ni en longueur !) et elle est toute mimi en me montrant touts les attraits de son cagibi. C’est une très bonne vendeuse, et je l’écoute attentivement en souriant. Je ne peux pas inviter de "pololo"*, pas tellement pour elle qui n’est pas si veille et qui comprend bien la jeunesse mais surtout pour sa mère qui vit dans la chambre contiguë mais qui ne me dérangerait absolument pas. Mais elle a raison au moins sur un point : la chambre offre une vue magnifique sur les toits de Santiago et sur la Cordillère des Andes, toute enneigée à cette période de l’année. Elle me présente de la même façon sa cuisine impeccable, et me montre fièrement une bouilloire et un grille-pain pour bien me signifier que je ne manquerais de rien. Elle était mignonne en me refaisant la scène de sa chute au beau milieu de son salon, et en comparant son histoire avec un présentateur télé très connu (que je ne connaissais pas évidement) qui était tombé de la même façon en courrant aux toilettes avant le début de son émission. Je la remercie et promet de la rappeler le plus vite possible, en précisant diplomatiquement qu’elle ne devait pas vraiment s’attendre à ce que je vienne m’installer ici, prétextant encore que je préférerais vivre plus au centre. Elle me raccompagne jusqu’à l’ascenseur et me souhaite plein de bonnes choses "Que todo te vaya bien mi hija, cuidaté mi amor, adios mi niña hermosa !"*

"Muchas gracias, hasta luego abuelita !"*

Posté par miniboo à 03:00 - Commentaires [0] - Permalien [#]

13 août 2006

Chap 4 : Au fil des rencontres "El mundo se esta volviendo loco"

Emma : "Nosotros aqui no vivimos, sobrevivimos"*

Grâce à mon jeune âge, ma naïveté et ma curiosité, j’arrive à faire parler les gens sur des sujets plus ou moins délicats. Autour d’un thé, Emma m’explique alors quelles sont les conditions dans lesquelles elle vit ici, à Santiago, avec son mari et sa petite fille.

"Si no trabajas, te quedas en la calle"*. Au Chili, tout est privé; les écoles, les universités, la santé, les toilettes dans la rue,…C’est ce qu’on appelle le néolibéralisme. Tout s’achète et tout se vend. Dans mon quartier, on vend de l’éducation. On vend de l’éducation, en gros ou au détail, de toutes les qualités et caractéristiques possibles. Chaque commerçant s’efforce de séduire un maximum de jeunes, et toutes les propagandes et campagnes de publicité sont abusivement utilisées. Ainsi, non seulement c’est payant, mais c’est très cher. P8200017Si tu ne disposes pas d’assez d’argent, tu n’iras pas à l’école ou bien tu ne termineras pas tes études. Si tu ne vas pas ou peu à l’école, tu n’obtiendras qu’un travail peu rémunéré, si tant est que tu trouves un travail. Tu gagneras alors 120 000 $ soit 173 € par mois…et ne compte pas sur de potentielles aides de l’état. Ton unique source de revenu sera ton salaire. Vous me direz que le prix de la vie étant cinq fois moindre qu’en France par exemple, le pouvoir d’achat reste le même et les proportions sont conservés. Ce n’est pas le cas. Vous me direz que je parle ici d’une minorité de chiliens, du quart le plus pauvre. Non, je parle ici du peuple chilien, de la majorité des habitants, de la classe moyenne. "Imaginate !"*

L’état se désintéresse des gens et Emma se désintéresse de l’état. "No estoy inscrita en las listas de voto, no me interesa"*.

Vicho, son mari, déplore aussi cette situation et avoue "en mi vida, nunca he votado"*. Eh oui, ici, la problématique de la responsabilité citoyenne, des droits et des devoirs de l’homme prend une toute autre tournure.

"Los chilenos prefieren mirar hacia el pasado que hacia el futuro"*

Darwin : Un de mes colocataires, mon préféré, ami de la famille de longue date.

P8280001La première fois que j’ai eu l’occasion de lui parler fut un matin au petit déjeuner. Je me préparais un thé, il sortait de sa douche et m’offrait avec insistance un de ses paquets de gâteaux à la noix de coco et m’apportait du pain, du jambon et du fromage pour que nous prenions le petit déjeuner ensemble. D’emblée, il me raconta les moments forts de sa vie, non sans sentir les larmes lui monter aux yeux. Il a 34 ans, assez grand, maigre, a perdu l’amour de sa vie qui est partie avec une femme, a perdu son père quand il avait une vingtaine d’années, est tombé dans une dépression, n’a pas pu terminer ses études d’ingénieur, est aujourd’hui chef de la sécurité d’un supermarché, et gagne 135 000 $ par mois soit 195 €. Il est anarchiste communiste révolutionnaire. Il me déballa tout d’un coup, s’excusant d’être aussi direct et argumentant que je devais savoir tout ça pour le connaître et le comprendre. Notre conversation a été écourtée par les activités quotidiennes de chacun, puis a repris son cours dans la soirée. Il me fit goûter le Pisco Sour, une liqueur à base de citron très agréable, autour de laquelle il m’expliqua ce à quoi il croit et pour quelles raisons il y croit aussi fort. Son père était un militaire, "comando paracaidista"*, au service de l’état pendant la dictature. Lorsque Pinochet laissa le pouvoir (si on considère qu'il a effectivement laissé le pouvoir...), il fut torturé puis exécuté. Alors que son grand frère, nationaliste nazi, marche dans les traces de son père, Darwin a pris la direction opposée. Il fait partie du mouvement skinhead, écoute du punk rock, porte le A des anarchistes sur ses vêtements, a les cheveux rasés à 5 millimètres, participe aux manifestations révolutionnaires et apprécie particulièP8120039rement "las bombas Molotov".  Il dénonce avec véhémence la stigmatisation et la marginalisation. Mais en l’écoutant parler, ce qui est frappant n’est pas l’extrémisme de ses idées révolutionnaires mais son extrême fragilité, sa douceur et sa souffrance. Conversation à nouveau coupée par un ami de la famille, un papi qui me présente son petit fils de 4 ans, en me disant "el, es toda mi vida ahora"*. C’est un grand chanteur, un ténor et il a chanté une jolie chanson en italien, à la Pavarotti, rien que pour moi, en me regardant dans les yeux. Il a du y lire un mélange de gêne, de surprise et d’admiration. "Que fuerte !"*

Il est un peu tard, je prend congé, non sans que Darwin me prête ses documents sur l’anarchisme, le communisme, le socialisme et le mouvement skinhead pour que je comprenne mieux et que je ne fasse plus de confusions maladroites.

musique7 Et pendant ce temps-là à Providencia...pendant que j’écris ces lignes, assise à une terrasse de café au soleil, juste devant le Cerro San Cristobal (Mont St Christophe), deux jeunes chiliennes se posent devant moi, et s’épilent les sourcils et la moustache.  musique7

Graciela : jeune employée par une université, coordinatrice de la carrière d’éco tourisme.

P9030002"Aqui esta frecuente que uno trabaje en areas muy ajenas de sus estudios"*. Le chômage, le manque de débouchés…conséquences de quoi finalement ? de la croissance économique ? du capitalisme ? Ces thèmes, prépondérants dans les discussions des étudiants et des jeunes actifs les inquiètent. Beaucoup plus que la jeunesse française, à ce que j’en connais. Le rêve de Graciela ? Venir s’installer en France pour de bon, ou elle a déjà vécu 4 ans. Elle apprécie son pays, mais préfère la France.

Michel : étudiant en sociologie, 25 ans

Michel, (prononcer Mitchel) est fier de son pays et surtout de la culture de son pays. Il m’explique que les Mapuches, ancienne tribu indigène, sont la seule ethnie qui ait résisté à l’invasion et à la colonisation espagnole. Il me conseille de visiter le musée des Beaux Arts, la ville artisanale de Pomaire et de lire les poèmes de Pablo Neruda, qu’il adore. Aussi curieux que moi, nous conversons sur son pays et le mien et sur des dizaines d’autres sujets. Il a soif de voyage, mais ne peut pas bouger avant d’avoir terminé ses études et d’avoir gagné un peu d’argent. Paris le fait rêver, "sobretodo le Louvre" dit-il avec son accent chilien, en buvant une gorgée de la bouteille de cerveza Escudo que nous partagions. C’est son anniversaire aujourd’hui. "Cumpleaños feliz Michel !"*

Posté par miniboo à 04:00 - Commentaires [0] - Permalien [#]